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  • Anna

Sur la transformation

Dernière mise à jour : 31 juil. 2021


Il y avait, au bout du chemin, une toute petite maison. C’était une maison en pierre. Elle avait une grande porte d’entrée en bois. C’était une vieille porte qui avait du mal à fermer donc la mamie qui habitait là, mettait un bâton derrière elle, pour la coincer.

Il y avait aussi une petite fenêtre. Heureusement toutes les vitres étaient toujours intactes parce que pour en trouver des nouvelles, c’était impossible.

La petite mamie avait vécu la depuis toujours. Elle avait un potager et 4 poules. Et ça lui suffisait pour survivre. Avant, quand elle était encore jeune, elle plantait du blé dans son champ pour faire du pain. Maintenant elle était très âgée pour faire çà. Et puis, pour faire cuire du pain, il faut du bois et elle ne pouvait plus couper du bois.

Elle n’avait pas d’enfants ni de famille. Seulement une amie, un peu plus jeune qu’elle, qui venait l’aider de temps en temps.

L’été, son amie venait lui nettoyer un peu la maison. Elle lavait tout et elle retirait les tapis et les rideaux pour que la maison respire.

Cet été là, la mamie a fêté ses 92 ans. Son amie est venue, comme d’habitude, l’aider avec les travaux de la maison. Mais cette fois ci, elle a décidé de blanchir les murs à la chaux. Elles ont tout ouvert, la porte avec un peu de difficulté et la fenêtre très facilement.

La chaux, on la passe en couches fines, et on attend que la précédente soit bien sèche pour continuer avec la nouvelle couche.

Alors cette première semaine d’août, la fenêtre était restée ouverte jour et nuit. Sur l’arbre de Judée qu'il y avait dans la cour, il y avait fait son nid une petite mésange bleue. Cette semaine d’août, les petits du nid, avaient commencé la découverte de leur monde. Il y en avait un des petits qui était rentré, par hasard, par la fenêtre et il était sorti très rapidement. La mamie l’a vu et un sourire lui à envahit les poumons. Cette jeune vie, si vibrante et si naïve, était venue chez elle.

Quelle joie !

Une fois son amie partie, elle a remis la table contre le mur, sous la fenêtre et elle s’est allongée dans son lit au fond de la pièce.

Les jours passèrent et la maison est revenue à la normalité. La chaux avait bien pris, le blanc était très beau à côté du bois du plancher et du plafond. La nourriture des poules attendait que la mamie l’amène au poulailler. Sur la casserole, elle avait mis un dernier bout de pain que son amie avait amené.

La fenêtre était toujours ouverte. Le souvenir du petit oisillon n’avait pas laissé la main de la mamie, fermer la fenêtre.

Quand, tout d’un coup, la mésange est revenue et elle s’est posée sur le bout de pain. Puis elle est repartie. La mamie était juste à côté de la table en train de faire un café. Elle a fait le café et s’est assise au lit, au fond de la pièce. Assise, sans mettre le café aux lèvres, elle regarda la fenêtre. La mésange est réapparue. Cette fois, plus prudente, elle s’est posée au bord de la fenêtre. Puis elle a fait des petits sauts vers le bout de pain mais elle n’a pas osé aller plus loin. La mamie a souri. Elle va revenir.

Et elle est revenue. Elle s’est posée encore une fois sur le bord de la fenêtre et puis en sursautant gracieusement sur le bout de pain, elle est repartie.

La mamie a regardée ça avec beaucoup de curiosité. Ça l’avait bien amusée de voir la timidité de cette petite vie et elle avait envie qu’elle soit pleinement satisfaite de continuer ses découvertes. Elle aussi était jeune autrefois, mais la vie ne l’avait pas aidée dans son envol. Elle a donc mis de la nourriture pour la mésange à côté de la fenêtre.

La fenêtre est restée ouverte.

La mésange, de son côté, était très discrète. Elle ne savait surement pas que la nourriture était là pour elle. Elle arrivait en observant les alentours, elle se posait très peu sur son assiette, piquait cinq ou six fois très rapidement et partait faire sa vie de mésange. Pensant que c’était le plat des poules et que les poules étaient les vraies amies de mamie, elle se croyait voleuse. Timidement, elle faisait quelques fois par jour, quelques coups de bec et elle repartait. Elle faisait vite. Même la vitesse des regards, des petits sauts, des mouvements de la tête et des ailes étaient comme les coups de bec. Elle était sûre que tout ça n’était pas là pour elle.

Comme elle aurait aimé, la mamie, que la mésange reste un peu plus avec elle. Comme ça lui faisait chaud au cœur de la sentir là, dans sa maison ! Comme ça la remplissait d’enthousiasme de la voir sursauter vers son assiette ! Comme elle restait immobile pour la regarder manger ! Avec une petite respiration pour ne pas se faire remarquer et avec le cœur qui battait et qui prenait presque plus de place que les poumons.

Elle avait cette sensation toute la journée. Le matin, elle se réveillait tôt pour voir si sa mésange allait venir. Le matin tôt tous les oiseaux étaient très actifs. Sa mésange venait tous les jours et petit à petit les autres oiseaux ont remarqué qu’il y avait, là-dedans, un rayonnement d’amour.

Les jours passèrent, l’été aussi.

La mamie commença à sentir le froid, mais la fenêtre, elle l’a garda ouverte.

Ce quotidien merveilleux restait toujours une expérience vive dans sa poitrine. Elle ne voyait plus le temps passer. Elle regardait la mésange, toujours timide, venir, manger, sursauter sur la table, la chaise, la fenêtre, ses pantoufles, son manteau.. Puis s’envoler.

Puis il y avait le rouge-gorge qui venait, lui aussi, aussi timide, aussi rapide, comme un intrus. Les piafs étaient plus audacieux, les moineaux aussi. Mais c’était pareil. Ça la remplissait avec tant de joie qu’elle se retrouvait avec des larmes aux yeux des fois.

Les jours passèrent, l’automne aussi.

L’amie de la mamie est venue un après-midi la voir et apporta du pain et un peu de bois pour le chauffage. Elle a senti le froid et elle a fermé la fenêtre. Il allait faire froid cette nuit. Il y avait un petit crochet pour fermer la fenêtre. C’était assez efficace comme système. La mamie poussait le crochet vers le haut avec sa canne et il sortait. Elles ont bu une tisane et puis l’amie est rentrée chez elle.

La mamie, qui n’avait rien dit jusqu’à ce que son amie parte, a, de suite, pris sa canne et elle a essayé de pousser le crochet. Avec le temps, la fenêtre, qui était restée ouverte, s’était déformée. Alors même si le crochet était parti, elle n’a pas réussi à l’ouvrir. Une lourdeur l’a immédiatement plombée. Elle a essayé de tirer sur les montants mais en vain.

Alors une idée brillante est venue. Elle a pris dans sa main un bout de bois et elle a donné un coup a la vitre. La vitre, vielle elle aussi, n’a pas résisté. Voilà ou l’accès était de nouveau ouvert.

Une grande respiration a pris lieu dans sa poitrine. Comme si c’était l’air qui manquait. Avec la fraîcheur de l’air, ses narines se sont élargies et l’air est rentré tout seul dans ses poumons, avec un large sourire.

Elle a soigneusement ramassé le verre et avec une tasse chaude entre les mains, elle s’est assise au bord du lit. Elle attendit les oiseaux. Seule la mésange est venue avant que la nuit tombe.

La mamie l’a regardée apaisée. Elle n’avait pas de famille mais elle avait connu l’amour sans conditions.

La mésange s’est arrêtée sur le pain frais mais elle n’en a pas mangé. Elle a tourné la tête vers la mamie et est restée là. Elle est restée là un petit moment, immobile.

Puis elle s’est envolée.

Le matin tous les oiseaux sont venus manger dans l’assiette mais la mamie ne les a pas vus.

Elle s’était transformée en oiseau et s’était envolée avec la mésange le soir.



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